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Vidéo : "Groenland, les derniers chasseurs des glaces"

Dans cette documentaire vidéo, plusieurs personnages de la côte Est du Groenland prennent la parole pour développer les problématiques propres à la zone. Ayant eu la chance de les côtoyer, je vous les présente.

Le film dure 52 minutes. Il a des qualités esthétiques indéniables. Mais ce que les habitants partagent de leur vécu est passionnant. Nous le touchons du doigt parfois, sur place.

Je suis un peu moins enthousiaste lorsque la caméra filme Charlotte en train de pleurer, vers la fin. Ayant fréquenté cette personne pleine de vie, très intégrée dans sa communauté, je ne la vois pas pleurer en se lamentant sur le sort du groupe humain auquel elle appartient. Une forme de voyeurisme qui dessert le propos.

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Une vidéo de 52 minutes où nous voyons Charlotte, Emmanuel, Tobias, Robert et Julius prendre la parole sur leur pays

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Mettez-vous en plein les yeux ! Ce trek est organisé à partir de 2 sites exceptionnels de la région de Tasiilaq.
Nous approchons la calotte du Groenland et des glaciers de taille régionale qui coupent le souffle aux personnes habituées à nos glaciers alpins.

  • Une approche facile et à pied de phénomènes naturels de très grande ampleur, parmi les plus spectaculaires de la planète : banquise, icebergs, calotte glaciaire, glaciers de montagne, fjords…
  • Des navigations en bateau dans les plus beaux fjords de la région
  • Faune et flore arctiques
  • 2 camps de base dans des sites exceptionnels où nous séjournons sous tente
  • Isolement, beauté, immensité de la zone habitée par le peuple de l’hémisphère Nord ayant eu le contact le plus tardif avec le reste de l’Humanité.
  • Un sac à dos léger ne contenant que vos affaires de la journée.
  • Une exploration originale, imaginée par Michel CLAR
  • Un billet d’avion « unique » au départ de Paris (autres aéroports possibles sur demande) qui impose à la compagnie aérienne initiale de prendre en charge les aléas des vols en correspondance, le cas échéant.
Trek estival au Groenland Est
Groenland
Groenland Est

Intertitre
Charlotte BOASSEN

Texte

La famille de Charlotte vit dans le village de Sermiligaaq depuis des temps immémoriaux. Cette dame élève ses deux fils. En 2018, son père était encore en vie. Il avait vécu dans des maisons en tourbe traditionnelles. La famille habite à présent tout en hait du village, dans une belle maison colorée, tout confort. Une des rares maisons de particuliers où j'ai vu un système d'eau courante.

C'est l'épouse d'Emmanuel, également dans le film. Outre les tâches domestiques, Charlotte, comme l'impose la tradition inuit, est responsable du dépeçage des phoques, du traitement de leur peau en vue de la vendre, etc. Sa vie quotidienne n'est vraiment pas de tout repos.

Intertitre
Emmanuel BOASSEN

Texte

De part sa stature élancée et son visage peu typé, au premier abord, Emmanuel détonne un peu dans la population locale. Au premier abord seulement. Il suffit de le voir évoluer dans ce milieu polaire pour arrêter de le prendre pour un occidental.

Emmanuel, pêcheur régulier dans la zone poissonneuse de Sermiligaaq, possède une maîtrise parfaite de la navigation dans les fjords. Mais aussi là où les glaces dérivantes des fronts glaciaires constituent des pièges pour sa petite embarcation. Cf. vidéo de notre cru, ci-dessous.
Comme tout inuit de la côte Est qui se respecte, il excelle dans la chasse au phoque.

A en croire les photos et les vidéos qui m'a montrées de ses navigations lointaines vers le Nord, Emmanuel ne s'en laisse pas non plus compter quant il s'agit de rapporter le précieux narval. Il en partage volontiers certains morceaux dont ses congénères raffolent.

Nous avons eu le privilège de vivre près de 48h auprès d'Emmanuel (et des on équipier) lors d'une pêche au flétan à proximité du fjord Rasmussen. Une expérience mémorable qui met en évidence l'incroyable adaptation des inuits dans un milieu naturel si ingrat. Pour ma part, j'ai rarement eu aussi froid aussi longtemps.

La vidéo ci-après retrace cette pêche au flétan.

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Une vidéo de 9min qui relate la pêche au flétan avec Emmanuel - ©Michel CLAR

Tobias ENIATUSSEN

Lors de mon premier séjour au Groenland Est, Tobias a été mon pilote-inuit lors d'une observation de baleines. Robert PERONI, son associé du moment disait de lui "il a un 6° sens pour repérer les baleines." Une confiance telle en Tobias qu'il s'était engagé à proposer une 2° sortie en mer si son ami inuit ne nous en montrait pas. De cette navigation au large, je garde un souvenir intact, tant l'observation des baleines a été fécond, l'approche d'icebergs XXL impressionnante et sa personne fascinante.

Par la suite, j'ai appris qui était réellement Tobias...
A Tiniteqiilaq, son village natal, Michel, l'un des deux frères AUDIBERT, expatrié français, l'avait désigné comme "certainement le meilleur chasseur inuit du Groenland". Un qualificatif étonnant.
Sauf pour qui sait à quel point Tobias a développé des savoir-faire où il excelle plus que tout autre de ses congénères : construction d'un kayak de mer, chasse à la baleine, à l'ours polaire, au narval, au phoque, pêche au requin polaire. Cela tout aussi bien sur la banquise hivernale que sur l'océan plus ou moins libre de glace.

Tobias est reconnu pour son savoir-faire et son savoir-être par toute la communauté de la région de Tasiilaq. On perçoit qu'il a un statut de sage.

Lors de l'été 2019, avec mon groupe, nous avons passé une nuit dans sa maison à Tiniteqiilaq. Tobias était absent. Mais sa modeste maison nous imposait le respect, à nous occidentaux, fascinés par les mondes polaires. En effet, les murs de la pièce de vie rappelaient, de manière sobre, que nous logions dans la maison d'un chasseur inuit : peaux d'ours au mur, défenses de de narval... Alors que nous n'aurions pas valorisé pareille décoration chez un chasseur de nos montagnes, celle-là forçait le respect.

En 2022, au détour d'un rayon dans la minuscule boutique d'alimentation du village, je tombe sur Tobias. Nous nous saluons respectueusement. Il se rappelle de moi. Je ne peux pas vraiment l'oublier.
Comme de coutume, chacun demande à l'autre ses projets. "Je pars accompagner un groupe de touristes." me confie-t-il. Sans surprise. Le meilleur chasseur du Groenland, tire la plus grande partie de ses revenus du tourisme. Mais aussi des documentaires sur la région, documentaires dans lesquels il doit expliquer sa vie de chasseur. Un paradoxe.
"Je pars avec un groupe à la cabane de Parnagay." lui dis-je. En rajoutant "A pied, en 2 jours !"
Tobias me regarde circonspect. Puis il me tend la main : "Good luck !!!" me souhaite-t-il, lui l'homme de la mer et des traîneaux à chiens. Sans avoir émis le moindre jugement de valeur, je perçois l'immense fossé qui existe entre lui et moi (et nous). Il ne faut que 30 minutes pour aller en bateau, là où il nous faudra 2 jours pour nous rendre à pied.

Nous nous serrons chaleureusement la main.

Partir

Une immersion totale au cœur du Groenland sauvage

Notre itinérance est conçue pour nous fondre dans le paysage et la vie locale, entre rencontres authentiques avec les Inuits, qui perpétuent leurs traditions, et des moments de solitude intense face à des panoramas à couper le souffle — où les baleines tracent leur route dans des eaux infinies. L’esprit des grands explorateurs, comme Paul-Émile Victor ou le « Pourquoi Pas ? »  du commandant Charcot, semble veiller sur chaque étape de notre aventure.

Au programme : un itinéraire audacieux à travers des vallées tapissées de pelouses fleuries, des bords de fjords parmi les plus spectaculaires de la région, des nuits en campement face à des icebergs géants qui dansent au gré des courants, et des parties de pêche improvisées.

Une exploration douce mais intense des joyaux cachés de cette terre extrême, où chaque instant devient un souvenir inoubliable.

Groenland - Trek en terres inuit
Groenland
Groenland Est

Intertitre
Robert PERONI

Texte

Il fut un temps, Robert PERONI était l'associé de Tobias puis de Julius. Car Robert avait eu une grande idée.

Arrivé dans les années 1980 dans la région de Tasiilaq, Robert PERONI avait, en quelque sorte, rejoué l'histoire de Paul Emile VICTOR. Après avoir traversé la calotte du Groenland Ouest-Est, il était venu s'installer au village de Sermiligaaq. Ce Sud-Tyrolien, médecin de formation, avait alors vécu au milieu de la population inuit. Et noué une relation d'amitié avec le père de Charlotte BOASSEN.

Ami personnel de l'immense alpiniste Reinold MESSNER, Robert est un personnage hors norme qui parle parfaitement l'inuit de la côte Est. Mais qui a surtout bâti un projet économique et social sur la base du développement touristique. Dans le bourg de Tasiilaq, lui et ses associés ont créé la Red House, une structure d'hébergement touristique. Une sorte de scop avant l'heure où les inuits qui voulaient travailler avec lui dans le tourisme devenaient, non pas ses employés, mais ses associés. Ainsi, Tobias, Julius, etc ont pris part à cette belle aventure humaine.
A la table de Robert, un inuit sans le sou pouvait prendre un repas chaud, au milieu de ses clients touristes. Avec 2 coéquipiers, nous avons ainsi fait table commune avec un inuit du bourg et partagé un risotto... de baleine.

La Red House fut un temps le "réceptif" de GNGL, la plus grosse agence polaire française. C'est dans ce cadre que j'ai eu le privilège de rencontrer Robert PERONI. Je l'ai sollicité pour mes propres projets par la suite.

Puis le temps est passé, la maladie a plusieurs fois menacé ce personnage. Et sa belle structure coopérative s'est petit à petit décrépie. De ses associés de la fondation, pas sûr qu'il n'en reste un. Tobias et Julius volent d'ailleurs de leurs propres ailes.
Quoi qu'il en soit, Robert PERONI reste un analyste attentif de la société inuit de la côte Est. A la foi fin connaisseur de la "civilisation du phoque" et éduqué en Europe de l'Ouest, ses points de vue croisés sont très pertinents, comme le montrent ses prises de parole dans le documentaire.

Julius NIELSEN

En août 2011, une nouvelle fois aidé par la Red House, ce n'est pas Tobias mais Julius qui nous emmène voir les baleines. A peine âgé d'une vingtaine d'années, ce jeune inuit est très prometteur. En effet, durant cet été-là, la banquise issue du problématique courant transpolaire enserre toute la zone. Sortir de la baie de Tasiilaq est compliqué. Rejoindre la pleine mer où sondent les baleines, un vrai défi.
Tantôt aux commandes de son bateau à moteur, tantôt nous y abandonnant dedans pour grimper sur un morceau de banquise qui le bloque, Julius s'entête à cherche un passage parmi les glaces flottantes. Le pack qu'elles constituent est large de plus d'un kilomètre. C'est la détermination du jeune pilote qui nous permettra de les passer à l'aller. Mais aussi au retour.
Parmi les touristes présents lors de cette mémorable sortie en mer, Julius fait forte impression. Il prend même le "lead" sur les pilotes plus aguerris des bateaux de cette folle épopée.

En 2017, Julius joue son propre rôle dans le film de cinéma "Une année polaire", de Samuel Collarday. Il est devenu, dans les pas de son aîné Tobias, l'un des guides inuits de la côte Est les plus prisés pour les expéditions hivernales et le tourisme haut de gamme.

En 2018, lorsque j'arrive avec mon groupe dans le village de Tiniteqiilaq, une cliente et moi-même nous mettons en tête de confectionner un gâteau d'anniversaire pour une personne du groupe. Au magasin d'État du village, nous dégotons une préparation rapide pour réaliser ce gâteau. Mais la recette est entièrement rédigée... en danois. C'est Julius, au détour d'un rayon du magasin, locuteur de la langue inuit de son peuple, de la langue danoise du colonisateur et de l'anglais que nous avons en commun, qui nous éclaire sur la procédure. Une vraie réussite qui a marqué les esprits autant de la personne dont nous avons célébré l'anniversaire dans la maison du chasseur Tobias que dans le souvenir des deux pâtissiers amateurs.

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La bande annonce du film de cinéma "Un été polaire" de Samuel COLLARDEY dans lequel jouent Julius et Tobias - 1'47''